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mercredi 1 avril

La Passion !

Par  le père Ludovic Frère

En réponse à cette grande lecture de la Passion, la liturgie de l’Église va nous proposer maintenant trois gestes impressionnants de simplicité et de densité :

-        une grande prière universelle ;

-        la vénération de la croix ;

-        puis la communion au Corps du Christ.

La grande prière universelle va d’abord se présenter à nous comme une longue litanie, qui embrasse en 10 intentions le monde entier. 10 intentions, comme un écho aux 10 paroles données par le Seigneur à Moïse, 10 commandements pour que le peuple vive l’alliance avec son Dieu. 10 intentions puis 10 silences pour les laisser résonner en nous, comme un renvoi aux 10 paroles de la Création, que nous entendrons demain soir, en première lecture de notre vigile pascale. Par 10 fois, le récit de la Genèse reprendra ce refrain : « Dieu dit » et cela fut. Nos 10 intentions de prière universelle nous appellent donc à entrer dans ce grand élan de recréation et d’alliance. En intercédant ainsi, nous dirons au Seigneur notre participation humble et consciente à son œuvre de recréation du monde et de restauration de l’alliance qu’il réalise en son sang répandu.

Puis viendra le geste de la vénération de la croix. En nous approchant de cet objet de torture et en osant l’embrasser ou le saluer, nous poserons cet acte de foi bouleversant en un Dieu qui porte nos souffrances. Il n’en est pas la cause, il en est le salut, la lumière, la victoire. Nous pourrons alors, par cette vénération, lui présenter toute l’humanité qui se jette au pied de la croix, humanité souffrante et humanité qui fait souffrir. Nous embrasserons ce bois mort, pour que chacun de nos baisers contribue à alléger le poids de mal que le Christ a porté pour nous. C’est à cause de nous, mais c’est aussi « pour nous que le Christ a souffert », dit saint Pierre. En vénérant la croix, nous déposerons donc également à son pied ce qui nous empêche peut-être encore d’accueillir vraiment l’amour jaillissant du côté ouvert du Crucifié.

Nous serons alors disposés au troisième geste. Car le jaillissement de vie qui sort de son côté, nous allons pouvoir y communier. On apportera les hosties consacrées hier soir, et nous recevrons le Christ ressuscité, pour que la mort ne soit pas le dernier mot de cette soirée. Mais aussi pour que nous saisissions davantage ce soir que le trop grand mystère de l’offrande du Christ sur la croix, nous n’avons pas seulement à vouloir le comprendre, mais surtout à y communier, de tout notre être.

La prière universelle, la vénération de la croix, la communion au corps du Christ : ces trois gestes liturgiques répondant au récit de la Passion, nous les vivons ce soir, en ce sanctuaire marial, donc particulièrement avec Marie. Nous l’avons vue rester au pied de la croix ; elle est bien sûr là, avec nous, quand nous célébrons la Passion de son Fils. Marie au pied de la croix, c’est aussi Marie au pied de toutes les souffrances humaines, de toutes nos souffrances : elle prie et elle nous encourage à rester debout malgré tout.  

La Mère du Sauveur est particulièrement là, puisque c’est dans ce moment d’offrande que son Fils dit à chacun d’entre nous et à l’Eglise entière : « voici ta mère ». Vivons donc avec Marie la prière universelle qui témoigne de notre participation à la recréation du monde ; vivons avec Marie la vénération de la croix, elle qui est restée debout à son pied ; vivons avec Marie notre communion au corps du Christ, pour qu’elle nous aide à Le laisser vivre en nous, afin qu’en aucun moment de nos vies et de la vie du monde, on puisse jamais soupçonner que c’est en vain qu’il a versé son sang pour nos péchés et  notre libération ! Amen.