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lundi 31 décembre

"Pour une année pleine de moments présents !"

Par  le Père Ludovic Frère, recteur du sanctuaire

 

Frères et sœurs, nous voici donc aux dernières heures de l’année 2012. Ces deniers instants sont pour nous l’occasion favorable pour un bilan sur tout ce que nous avons vécu cette année. La veillée que nous venons de vivre ensemble nous a aidés à rendre grâce pour les beaux moments et les grandes joies vécues cette année.

Elle nous a permis aussi de faire mémoire des moments difficiles et des drames, en les mettant dans la lumière du Christ ressuscité. 2012 s’en va ; pour chacun d’entre nous, une année nouvelle arrive, une année de plus, nous rappelant que le temps passe. Mais ce soir, nous avons choisi de saluer l’année qui s’achève et l’an nouveau qui nous est offert, en nous rassemblant autour du Seigneur.

Car, nous le savons : tout est dans ses mains, autant le passé de l’année écoulée que le futur de l’année qui va commencer. Tout est dans ses mains ; et être ici ce soir, c’est aussi choisir de donner à notre temps une qualité supplémentaire, une épaisseur plus dense, une profondeur plus grande.

C’est prendre ensemble un engagement, une « bonne résolution », comme on dit, aux portes de l’année nouvelle : celle de vivre en plénitude chaque instant de notre vie.

* * *

Accueillir le moment présent comme le seul moment qui nous est donné à vivre, le seul moment où Dieu nous attend et nous rencontre. Ne pas fuir dans l’imaginaire d’un avenir que nous voudrions maîtriser ou d’un passé que nous souhaiterions revivre ou changer. Croire que le réel est mieux que l’imaginaire, car Dieu est là, dans le réel.

Je vous souhaite une bonne année pour habiter la réalité, pour vivre le moment réel, quoi qu’il puisse porter de difficultés ou d’inquiétudes. Vivre le moment réel comme une mission. Plus encore : comme des noces où le Seigneur nous attend pour nous embrasser maintenant.

Vivre le moment présent pour être capables d’accueillir la promesse du Christ : « Je suis venu pour que le monde ait la vie, et la vie en abondance » (Jean 10, 10). Cette vie en abondance n’est pas promise comme la succession ininterrompue d’événements extraordinaires ou de moments de forte intensité. Si 2013 nous offrira certainement quelques temps forts, cette année sera, comme chaque année, surtout habitée par des moments simples, ordinaires, parfois répétitifs. La vie en abondance promise et donnée par le Christ, c’est une vie remplie non pas d’activités intenses, mais d’amour, de don, de générosité ; et, pour cela, une vie davantage vidée de soi-même, de l’appétit de domination, du souci de briller et de se croire indispensable.

Cette année encore, nous allons nous lever le matin… sans doute à peu près 365 fois. Nous allons nous laver, nous habiller, nous restaurer, saluer nos proches, aller au travail ou faire toute autre activité… autant de moments qui pourraient conduire à la lassitude d’une routine, mais qui, par le Christ, deviennent chacun l’occasion de goûter la vie en abondance.

Il est ainsi à notre portée de rendre chaque lever plus enthousiaste, chaque bonjour plus généreux, chaque acte plus offert à Dieu et aux autres. Même dans la maladie ou dans le désespoir, il est possible de rendre à chaque instant le meilleur de lui-même. Je vous souhaite donc une bonne année de vie en abondance, dans la simplicité d’un moment présent qui n’est pas dénigré, mais qui est accueilli comme il est, pour le vivre pleinement.

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Et puis, cette année encore, nous allons certainement tous vivre des combats. Pour certains, des combats de santé ; pour d’autres, des combats financiers, familiaux, de couple, de société ; pour d’autres encore, peut-être, des combats spirituels. Pour tous, un combat résolu contre le mal. La vie de Benoîte Rencurel, que nous découvrons et approfondissions en notre sanctuaire, nous le révèle avec grande clarté : choisir le Christ, c’est choisir un beau combat.

Ce combat est exigeant, mais il est tellement beau. Alors, l’entrée dans une année nouvelle

est l’occasion de renouveler - surtout en notre sanctuaire de conversion – un engagement courageux de lutte contre le mal, dans chaque instant du présent, avec vigilance et sans jamais baisser les bras. Choisissons toujours la vie et le bonheur, le bien et la vérité. Fuyons tout ce qui va à l’encontre de l’Evangile. Soyons attentifs chaque jour à faire de notre mieux, à donner notre meilleur.

Et pour cela, une fois encore, il nous faut habiter le moment présent de chaque instant de l’année nouvelle. Un religieux Carme écrivait que pour être là, dans l’instant présent, il fallait être humble et vigilant. Il disait : « Nous ne pouvons pas être présents à toute une ligne, mais uniquement à un point ». Et il prenait l’exemple de la roue : « Moins la roue touche le sol, mieux elle roule. Elle vit au présent […] Si la roue voulait se sentir plus en sécurité et avoir plusieurs points de contact avec le sol, elle cesserait de rouler ».

Alors, frères et sœurs, roulons ! Roulons au cours de cette année nouvelle ! Ne nous arrêtons pas : roulons ! Ne cherchons pas d’autre sécurité qu’en Dieu ! Si nous les cherchons ailleurs, nous risquons de nous freiner dans la course vers le bien, de nous éparpiller, et peut-être même d’interrompre notre ascension vers le Ciel.

* * *

Enfin, au risque de casser un peu l’ambiance légitimement festive de cette soirée de passage à l’an nouveau, je vous souhaite une bonne année pour vous préparer à mourir ; car ça peut arriver à n’importe quel moment. Le temps de l’Avent nous avait d’ailleurs invités, comme chaque année, à attendre le retour du Christ, à souhaiter sa venue comme une joie, comme un vrai bonheur et non pas comme une catastrophe devant interrompre le cours tranquille de notre existence. Nous ne sommes pas faits pour rester indéfiniment sur terre ; nous sommes faits pour Dieu, sans fin. Faits pour le Ciel, désirons le Ciel, choisissons le Ciel, vivons déjà du Ciel !

Là encore, le meilleur moyen de nous préparer à mourir – ou, plus positivement : nous préparer à la rencontre –  c’est de vivre l’instant présent. Vivons cette année nouvelle comme si notre vie devait prendre fin au terme de chaque journée ; alors, certainement nous pourrions vivre plus librement, plus joyeusement même, moins encombrés et moins compliqués. Et nous mettrions notre cœur dans les réalités qui le méritent vraiment. Nous arrêterons de nous compliquer la vie, de nous vouloir différents de ce que nous sommes, de jalouser les autres ou de les critiquer si facilement.

Le Père Maximilien Kolbe, avant de concrétiser sa conviction par l’offrande de sa vie dans un camp de concentration nazi, disait : « le présent seul est entre nos mains ; ce qui est important, c’est de penser que nous devons nous sanctifier maintenant et non pas demain, parce que nous ne savons pas si nous aurons un lendemain ».

* * *

Frères et sœurs, je vous souhaite donc une bonne année, en vivant chaque instant du présent pour ne pas fuir la réalité, pour vivre en abondance, pour lutter contre le mal, pour vous préparer à mourir, pour désirer le Ciel. Et, tout ceci, nous y avons un accès privilégié par celle qui l’a vécu en plénitude, grâce à son cœur immaculée : la Vierge Marie, que nous honorons comme « Mère de Dieu », Mère de l’enfant-Dieu, et donc aussi : Mère de l’Eglise, Mère de chacune de nos vies, présence maternelle dont nous goûtons si bien la douceur en ce sanctuaire de paix et de réconciliation. Que la Mère de Dieu nous aide à vivre chaque instant présent comme un élan de vie, une course vers le Ciel, une offrande parfaite.

Et, en cette année de la foi, année anniversaire de l’ouverture du Concile Vatican II, permettez-moi de terminer en reprenant des paroles du Pape Jean XXIII, le Pape qui fut à l’initiative de ce concile. Je vous souhaite de pouvoir mettre en œuvre, à chaque instant, ce que le bienheureux Pape cherchait à vivre, quand il disait :

« Rien qu’aujourd’hui, j’essaierai de vivre ma journée sans chercher à résoudre le problème de toute ma vie […]. Rien qu’aujourd’hui, je serai heureux, sur la certitude d’avoir été créé pour le bonheur, non seulement dans l’autre monde, mais également dans celui-ci. Rien qu’aujourd’hui, je n’aurai aucune crainte. Et tout particulièrement, je n’aurai pas peur d’apprécier ce qui est beau et de croire à  la bonté.  Je sais que je suis en mesure de faire le bien pendant douze heures ; c’est pourquoi je ne peux me décourager, comme si je me croyais obligé de le faire durant toute ma vie »[1].

Au seuil de cette année nouvelle, que nous puissions tous vivre pleinement chaque instant, car c’est à notre porté, avec le soutien de la grâce, la présence de l’Esprit-Saint et l’accompagnement maternel de la Vierge Marie, refuge des pécheurs. Amen.


[1] Jean XXIII, cité par M. Prieto et F. Goledzinowski, Fioretti de Jean XXIII, Mediaspaul, 1993, pp. 113-114.