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mardi 3 juillet

Que faut-il voir pour croire ?

Par  frère Eric Juretig, ordonné diacre le 1er juillet
Eric Juretig


Comment croire en la vie quand la mort a marqué les mémoires de son empreinte ? Plus difficile encore, comment croire en la vie quand le corps porte les stigmates de la violence, de la maladie, de la souffrance ?

Quel signe de vie a proposé Jésus durant son itinéraire de prédication ? N’est-ce pas celui d’un cœur et d’un corps ouverts aux autres dans l’étreinte d’une rencontre ? N’est-ce pas celui d’un désir de guérir et de restaurer une relation entre amis ? L’évangile entendu hier et père Jean-Marie qui  le commentait nous rappelait que seul le cœur de l’homme est demeure et repos pour le Seigneur, Jésus et ses disciples n’ont pas d’autre lieu pour déposer leur tête, pour reposer en paix.

« Ne fallait-il pas que le Messie souffrit tout cela pour entrer dans sa gloire ? » rappelle Jésus aux disciples d’Emmaüs. Bienheureuse personne que celle qui souffre du désir d’aimer et de se livrer tout entier parce qu’elle a besoin aussi d’être aimée.

Le disciple Thomas ne pourra croire sans voir et toucher les blessures de son maître. Ces blessures sont comme la garantie, la preuve absolue qu’une vie assumée, éprouvée, nous transfigure en un corps glorieux, en un être de paix et de communion : « Paix à vous » dira Jésus aux disciples apeurés.

Cet être transfiguré par notre consentement à grandir, au fil des jours, dans une ouverture à ceux qui nous entourent, est source de joie mais aussi parfois de blessure, la mort en marque l’ultime transformation. Ainsi, grandit et s’achève en nous le Corps du Seigneur. « Jésus se tint au milieu d’eux » nous dit l’Évangile de ce jour, « Jésus faisait route avec eux » nous rapporte St Luc dans le récit des disciples d’Emmaüs, il est avec nous pour nous attirer dans le dynamisme d’une vie tournée vers nos frères et notre Père, il est avec nous pleinement quand à notre tour nous marchons avec et pour nos frères et notre Père, en quittant une vie repliée sur nous-mêmes : « Quand deux ou trois sont réunis en mon Nom, je suis là au milieu d’eux. »

Alors que faut-il voir pour croire ? Si ma vie est désir de mieux accueillir, de mieux aimer, si je perçois le bonheur qu’une telle attitude contient et l’appel que la vie m’adresse inlassablement en ce sens,  il ne s’agit plus d’un sacrifice. Vais-je encore regarder mes blessures et celle du Christ comme échec et malédiction. Thomas et chacun d’entre nous, sachons regarder nos blessures et acceptons que la vie puisse écrire en notre chair l’amour dont nous sommes capable, un pas vers la vie peut coûter, mais naître ouvre au centuple à la joie qui lui est liée. Dans la première apparition du Ressuscité aux disciples, St Jean nous rapporte qu’après avoir vu ses mains et son coté : « Les disciples furent remplis de joie ». Oui écoutons en notre cœur l’appel du Seigneur, écoutons la source qui murmure le cantique d’une rencontre heureuse : Je me donne et me reçois des autres et de toi,  et je crois Seigneur parce qu’alors tu es là même si je ne te vois pas. 

Si Thomas a eu besoin de voir et surtout de toucher les stigmates du Seigneur en sa Passion, c’est peut-être pour nous manifester au grand jour ce que la vie ne cesse de nous rappeler : « Si le grain de blé ne tombe en terre et ne meurt, il reste seul. Mais s’il meurt il porte beaucoup de fruits. » J’ouvre ma vie Seigneur à la beauté de ce jour, sa lumière traverse mes peurs, mais mon cœur est en paix parce qu’il repose en toi.    

Nous aimons nos défunts, et je crois que tu es là Seigneur, parce que l’amour dans sa course sans fin, m’assure que tu nous as déjà rassemblés et nous rassemblera. On ne voit bien qu’avec le cœur : « Heureux ceux qui ont cru et qui n’ont pas vu. »